Intervention d’Antoine Delarue, Directeur fondateur de SERVAC

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J'accueille favorablement l'ambition de mise en place d'un système à points, socle de la promesse d’une meilleure équité. En revanche, je suis perplexe devant la manière dont cette réforme est engagée. À mon avis, un diagnostic clair sur la nature des difficultés n'a pas été réellement établi. S’il est aujourd'hui inévitable d'être confronté au constat que 42 régimes c'est beaucoup trop, c'est complexe, c'est illisible et c'est injuste, cela ne prédit pas pour autant une méthode garantissant un arbitrage équilibré entre les intérêts parfois contradictoires des différentes parties prenantes.

Aussi, faute d'un diagnostic véritablement robuste, le discours sur la complexité doit être interrogé. Au fond, qu'est-ce qui est complexe : la pluralité des régimes ou bien les règles utilisées ? Aujourd'hui, par exemple, pour bénéficier d'une retraite à taux plein, on doit justifier d'une durée d'assurance (nombre de trimestres) qui n'est pas la même selon la génération à laquelle on appartient. C'est une source de complexité qui n'est pas du même ordre que l'existence de régimes multiples. De même, lorsqu’on parle de « privilèges » accordés à certains, il convient de distinguer les notions d'équité et d'égalité, de faire la différence entre les droits contributifs et les droits non contributifs, à l'instar des avantages accordés aux personnes ayant élevé des enfants.

Une vision historique est essentielle pour comprendre comment les régimes de retraite ont été élaborés afin de répondre à des contextes socio-économiques particuliers. Cette adaptation est à mon sens assez réussie. Ma critique porte sur le fait que les régimes fonctionnent en silo, chacun favorisant les carrières longues, stables, complètes. C’est ainsi qu’en France, les carrières linéaires permettent d’atteindre des taux de remplacement sans équivalents. La période actuelle montre qu’il n’est plus possible de s’en tenir à cette approche réductrice, sinon convenue. Face à des enjeux sociaux et sociétaux majeurs, peut-être faut-il sortir d’un cadre trop normatif pour piloter une réforme dont l’objectif est celui d’un régime unifié ou universel ?